vendredi 5 avril 2019

Journal d'un mariage manqué.

Quelle belle découverte que ce petit opus édité aux éditions ZOE! Sous la forme d'un journal intime, une jeune femme décrit sa vie auprès de Franco, son bourgeois de mari et son fils Arturo. Etonnant quand on connait la date du journal 1965-1966, alors qu'on aurait pu penser le situer au 19ème siècle. 
La vie d'Antonia n'a rien de rock and roll. A la mort de sa grand-mère, elle passe son temps dans des cartons remplis de souvenirs pour fuir une vie morne. Dans à peine 100 pages, Gabriella Zalapi réussit l'exploit de raconter la vie d'une famille entière avec une poésie raffinée et intelligente. 

"Franco, avec son dos de prêtre, m'exaspère. Je n'en peux plus :
de ses petits gestes maniaques lorsqu'il plie ses habits
de sa manie de se moucher bruyamment avant de se coucher
de ses affreux pyjamas rayés, cadeaux de sa mère
de ses crachats sonores lorsqu'il se lave les dents "

jeudi 4 avril 2019

La guerre est une ruse, suite ...


Je vous avais vanté le roman de Frédéric Paulin , "La guerre est une ruse" dans une précédente chronique. Frédéric Paulin nous faisait un cours de rattrapage sur la situation géopolitique de l’Algérie et de la France dans les années 90 et son personnage principal ,Tedj Benlazar, agent de la DGSE était notre prof principal.
On le retrouve à l'aube des années 2000, où dans les couloirs de la DST à Paris ou à la CIA aux Etats-Unis commence à se murmurer un prénom et un nom : Oussama Ben Laden.
Ce tome 2 tient toutes ses promesses. Pendant que le monde sombre un peu plus dans le chaos,  Benlazar se fait plus tendre et fragile. Le côté romanesque est plus présent que dans le tome 1 mais la somme d'informations que nous allons ingurgiter sur les conflits internationaux pourraient nous permettre de soutenir une thèse !
J'attends désormais le tome 3 et vous, vous pouvez courir chez votre libraire indépendant !

mardi 2 avril 2019

Amour amer.



Avec Sylvie Le Bihan, nous avons quelques points communs: nous ne cachons pas notre intérêt pour le football ( et Arsène Wenger), mais, j'avoue aussi pouvoir finir à genoux devant ma télé lors d' un match de l'Olympique Lyonnais... Une propension à aimer la très bonne cuisine peut nous relier aussi, je ne peux taire l'admiration sans faille que j'ai pour un certain chef étoilé, (Pierre Gagnaire: le Lionel Messi des casseroles.) Il y a aussi sûrement l'amour de la littérature mais rien ne me prédestinait à ouvrir son dernier roman tant mes lectures se portent en ce moment ( et ce depuis que Marguerite Duras n'écrit plus !) sur la littérature noire.
Et un dimanche, j'ai lu une petite chronique de Bernard Pivot sur "Amour propre" et je me suis laissée tenter. 
 C'est l'histoire d'une petite fille qui a reçu de sa mère et pour seul héritage, un roman de Curzio Malaparte. C'est l'histoire d'une femme, mère de 3 enfants qui enfin doivent quitter le nid. Cette femme , écrivaine, ira chercher les réponses à ses questions existentielles à Capri, dans la maison de Malaparte. Pour boucler la boucle. Pour cracher ses chagrins. Pour raconter ce qu'est une mère, raconter comment on grandit sans. Crier ses regrets mais ses manques aussi. C'est un livre d'amour sans mièvrerie. C'est un livre sanguin avec des aveux inouïs sur la maternité, la féminité, le désir ou l'amour. 
Je pense que dès aujourd'hui, nous libraires , nous pouvons remiser l'éternel "J'attends un enfant" de Laurence Pernoud pour faire quelques petites piles d'"Amour propre " , les futures mères nous remercieront de leur avoir dit toute la vérité ! 



jeudi 28 mars 2019

Le trésor des moudjahidines

La profusion éditoriale ne nous permet pas de tout lire, et pourtant "Shiftas" du journaliste Léonard Vincent aux éditions Equateurs est arrivé au dessus de ma pile. 
Découvrir un auteur est toujours une belle aventure. "Shiftas", c'est l'histoire de Bruno, cuistot marseillais sur un pétrolier en panne dans les eaux somaliennes, Abdi un berger somalien et Medhanie un déserteur érythréen qui au nom d'une amitié naissante et d'une vie sans avenir, vont additionner leur force pour sortir de cette misérable époque. Ils vont tenter le casse du siècle en Somalie ! 
L'auteur, journaliste et spécialiste de l'Afrique, va nous embarquer dans un pays rongé par la corruption, la religion, et la guerre . Avec un style moderne, parfois poétique, il mériterait que son roman atterrisse sur les tables de coup de cœur des libraires.  ( Il mériterait aussi une relecture de l'éditeur avant parution, pour éviter les coquilles qui m'ont passablement agacée.)
Léonard Vincent est donc un auteur à suivre, il casse un peu les codes du roman noir et les schémas structurels de l'écriture (sa description des personnages en toute fin de roman est juste parfaite et inattendue.) Bref ! Vous pouvez courir chez votre libraire indépendant pour prendre votre dose d'adrénaline!  

lundi 25 mars 2019

" Famille, je vous ai."

famille
nom féminin
  1. 1.
    Antiquité (sens étymologique)
    Ensemble des personnes vivant sous le même toit.
  2. 2.
    (sens restreint)
    Les personnes apparentées vivant sous le même toit et, spécialement, le père, la mère et les enfants.

    Fonder une famille.

Une petite définition s'imposait avant de vous vanter ce livre de Patrick Varetz ! La famille, ça parle à tout le monde, on a tous des souvenirs, des manques, des envies, des déceptions, des joies partagées, des peines, bref… La vie en famille et son lot de cadeaux sans paquet, et de paquets sans cadeaux. 
Patrick Varetz a choisi de l'écrire sa famille . Avant tout, il veut absolument nous raconter son voyage à Barcelone, mais son père prend toute la place, ce père de 80 ans, accroché à Facebook et ses jeux , et sa folle de mère,elle aussi, grignote le récit de voyage. 
L'auteur essaye en vain de s'arracher la peau des souvenirs d'enfance. On sent petit à petit la haine monter, le désespoir d'être né dans cette famille et d'être prisonnier de ce passé. Et surtout, ce qui m'a bouleversée , c'est la faculté d'écrire la difficulté d'être l'adulte qui est né de cette famille là. C'est assez époustouflant à lire. Je vous encourage donc à courir chez votre libraire indépendant pour acheter les romans de Patrick Varetz, vous me remercierez après!

jeudi 21 mars 2019

Mettez vos moufles, ça pique un peu.

Inclassable! Je n'ai jamais lu un roman comme celui-ci. Le Rouergue fait à nouveau très fort en nous offrant une telle pépite. 
Sur les conseils de Valentine Imhof ( voir sur ce blog la chronique de son merveilleux roman "Par les rafales" chez le même éditeur) qui, via les réseaux sociaux, faisait des petits bonds impatients au fur et à mesure que la date de sortie de "Grise Fiord " arrivait, je me lançais dans l'aventure: bonnet sur la tête, moufles et écharpe assortie. 
Vous allez plonger dans une histoire merveilleusement incroyable, vous allez flirter avec une chamane, entendre des légendes fabuleuses, vous coller à la chaleur des chiens de traineaux, affronter des ours, manger le foie des phoques. Le héros de Grise Fiord appartient au peuple Inuit, jeune adulte, étudiant loin de ses terres glacées, il va se perdre dans la modernité du monde. Une tragédie le poussera à un voyage unique, quasi onirique, et peut-être retrouvera t'il la voie (ou la voix) de ses ancêtres. 

mercredi 13 mars 2019

Génération abandonnée .

Après nuit debout, Emilio Sciarrino nous propose jour couché. Le principe est simple: vous restez allongé toute la journée dans la rue pour manifester votre mécontentement car votre vie est vraiment pourrie . Marco a 30 ans, il est Italien, brillant, docteur en littérature et je vous avoue qu'après seulement quelques pages, il ne fait rien pour qu'on tombe fou amoureux de lui ! Et c'est aussi l'intérêt de ce roman : Marco agace, il est lent, un peu fainéant, il aime son petit confort, il ne trouve pas sa place dans la société. ( J'ai eu l'impression tout le roman qu'il ne faisait pas assez d'efforts pour la trouver et cette sensation m'a mise mal à l'aise , je me suis vue : vieille, complétement réac et moralisatrice à deux balles )
Bref, je ne sais pas si c'est la caricature poussée à l'extrême de cette génération désabusée qui m'a tant perturbée ou la vérité si criante d'une société qui broie chaque jour des diplômés, sur-diplômés, pour les recracher à la rue, sans ressources et sans envie mais ce roman doit passer de mains en mains pour qu'on puisse en discuter, debout ou couché, au choix !